Confinés mais formés : un retour d’expérience

Quand il y a un mois de ça, l’idée est apparue de transformer un cours sur l’agilité que je devais donner pour l’école Skema en cours distanciel, je dois avouer que l’idée ne m’a franchement pas emballé… Les étudiants sont un chouette public mais pas le plus facile : il est notamment plus difficiles d’avoir des interactions et de maintenir leur attention, que lors de formations professionnelles. Alors migrer un cours pour 44 étudiants ?

Choisir les bons outils

L’outil ne fait pas la pédagogie, mais dans le cas de la formation à distance avoir de bons outils va clairement participer à la qualité de la formation. Que ce soit pour le participant, pour qu’il se sente embarqué tout au long de la formation, que pour le formateur, si l’outil est simple et l’accompagne il sera plus détendu et plus à l’écoute des interactions plutôt que concentré sur la « technique ».

Pour ma part j’ai fait le choix de 3 outils principaux :

  • Zoom pour la vidéo. J’apprécie le fait de pouvoir avoir une mire des participants, le fait de pouvoir lever la main, le partage d’écran efficace, le fait de pouvoir streamer une vidéo et enfin surtout de pouvoir faire des groupes de travail et de pouvoir naviguer à l’intérieur des groupes.
  • Klaxoon pour tout ce qui est interaction globalement avec les participants. J’ai demandé aux participants de l’ouvrir à côté (onglet ou smartphone, tablette) et de le garder ouvert. J’en reparlerai plus bas mais vraiment Klaxoon est excellent pour garder le contact et pour pousser du contenu.
  • Draft pour les ateliers ou les participants sont libres de s’auto-organiser, de créer des boards par eux-même.

J’ai complété de temps en temps par un tout petit peu de framapad ou google docs pour de micro besoins (leur laisser créer des groupes par eux même par exemple ou produire un devoir évalué).

Avoir les bons outils et surtout se sentir à l’aise avec est pour moi indispensable pour que la formation se passe bien (un peu comme avoir une bonne salle bien équipée, pas surchauffée, peu bruyante dans un monde non confiné 🙂 ).

Varier les formats

Tout comme en présentiel il est très important de varier les formats utilisés, à la fois pour garder l’attention mais aussi pour permettre aux différentes formes d’intelligences de chacun d’être sollicitées. Voici une petite liste des différents formats que j’ai utilisés :

  • De la présentation classique, en suivant quelques slides d’un powerpoint, en faisant attention de limiter ces parties à quelques minutes.
  • De la présentation sur un tableau blanc, soit en partant d’un tableau blanc, soit en préparant quelques éléments de bases et en les ajoutant au fur et à mesure. Bonus les étudiants peuvent participer eux aussi, cela à notamment très bien fonctionné lorsque nous avons fait une storymap tous ensemble !
Un board préparé puis complété en live pour expliquer Kanban.
  • Des quizz très régulièrement (1 à 2 par demi-journée), même très basique, cela permet de s’assurer que l’on a bien été compris et cela favorise l’apprentissage par la répétition. Mention spéciale pour les « aventures » sous Klaxoon qui ont beaucoup plus. Ce mode permet d’introduire un peu de challenge dans les quizz en affichant en temps réel les résultats, idéal pour démarrer la matinée en se rappelant les éléments de la veille.
  • De l’exploration libre : je partage un document et/ou une courte vidéo que les participants regardent à leur rythme, puis je finis la séquence par une question qui permet aux participants de fixer ce qu’ils ont appris. Ce format est très intéressant car il permet d’explorer du matériel qui pourra resservir aux participants à posteriori. En terme de rythme je finis souvent par ce format, cela permet de finir plus tôt et de laisser le choix aux participants du moment où ils vont consommer le contenu.
  • Des ateliers en sous groupe : certains exercices s’adaptent bien à du virtuel. Par exemple « Au tableau » que la super Anne et le super Olivier ont migré sur draft. Ou encore faire des ateliers en groupe pour faire une storymap, développer un jeu avec Scratch…
  • Des interviews : durant la formation j’ai fait intervenir Alice pour nous présenter son rôle de ScrumMaster, Moïra le métier du coaching et Florence son rôle de Product Owner (merci infiniment à toutes les trois ! ). Les étudiants posaient des questions via Klaxoon et je relayais celles-ci. Les trois interviews ont beaucoup plus et j’ai eu de super retours, cela rend vraiment très concret les notions vues auparavant.
  • Produire un document : dans ce cadre la il s’agissait d’un devoir final évalué sur ce qu’ils souhaitaient améliorer dans leur entreprise en se servant du contenu du cours.

La formation distancielle m’a limité dans le choix de certains ateliers de groupe que je trouve très pédagogique, mais qui s’adapte mal à la distance. En contrepartie elle ouvre de nombreuses autres possibilités, c’est l’occasion d’être créatif et de tester de nouveaux formats !

Expérimenter d’autres interactions

Le plus gros challenge, à mes yeux, a été de créer un cadre pour stimuler l’interaction. Déjà en salle, stimuler de l’interaction dans un grand groupe n’est pas toujours facile, là à distance, avec 44 participants qui ont pour habitude de ne pas activer la vidéo… autant vous dire qu’au début je me suis senti un tout petit peu seul.

Ce qui n’a pas fonctionné :

  • Moi : « Vous en pensez quoi ? »
  • Le reste du monde : « … »
  • Moi : « … »

Ce qui fonctionne mieux : varier les formats d’interactions tant sur les outils que sur la forme (en sous-groupe, en 1:1) :

  • Utiliser le chat, aussi bien sur Klaxoon que sur Zoom. Exemple avec un ice-breaker pour lancer la discussion et attendre tout le monde le matin :
  • Poser des questions simples régulièrement :
Question « Notation » sur Klaxoon
Question « Storm » sur Klaxoon avec résultat en nuage de mot
Question « Oui/non » sur Klaxoon

Et les impliquer tout du long sur le format du cours :

Question « Storm » avec résultat en liste
Et bien sur faire des rétrospectives ! (ici avec un « Brainstorm » klaxoon)

En résumé, avoir de l’interaction qualitative « classique » est plus compliqué (je pense que le nombre et le facteur générationnel a aussi joué). Par contre, en s’appuyant sur d’autres formes de feedback (même le chat zoom par exemple) on peut avoir beaucoup plus de feedback que d’habitude et j’ai été surpris de voir que tous se sont facilement appropriés les outils et ont vraiment joué le jeu pendant toute la formation.

Adapter la cadence au distanciel

Faire une formation à distance ce n’est pas juste porter une formation classique mais « à distance » on l’aura bien compris, cela vaut aussi pour le rythme. J’ai respecté les conseils que l’on a pu me donner et les feedbacks ont été positifs :

  • Faire globalement des journées plus courte (en laissant des compléments que chacun fera à son rythme et quand il le souhaite).
  • Ne pas faire plus de 15 minutes de top down (mais cela est aussi vrai sur une formation classique).
  • Faire des pauses régulières
  • Etre très clair sur les consignes et notamment sur les timing (Exemple : « il est 11h05 on se retrouve à 11h20 » et bien l’écrire)
  • Prendre le temps de bien inclure tout le monde, s’assurer que tout le monde soit bien connecté sur les différents outils et rassurer régulièrement !

Comment démarrer ?

Vous n’avez pas l’habitude de donner des formations en ligne, comme beaucoup de monde…

Je trouve qu’il est intéressant pour démarrer d’aller rencontrer ceux qui le font déjà depuis de nombreuses années. J’ai eu la chance de pouvoir poser pleins de questions à Frankie Geneviève (mille mercis à toi Frankie !) qui avait déjà une très grosse expérience sur ce type de format et j’ai suivi un super webinar par Jean-François Detout. Il y a beaucoup de contenus sur le thème du « Blended learning » (Futurelearn, Coursera, Edx, …). Le confinement est une opportunité pour se former et pour expérimenter de nouvelles choses.

Personnellement je trouve que l’expérience a été vraiment top et m’a fait clairement sortir de ma zone de confort pour le mieux. Le lien avec les étudiants s’est créé plus lentement, mais il a été malgré tout assez fort à ma grande surprise, j’ai eu plaisir à avoir de nombreux échanges avec eux.

Cela modifiera quoi qu’il arrive ce que je fais en présentiel pour incorporer de nouveaux formats, des compléments que je donnerai en plus…

Alors jetez-vous à l’eau, expérimentez … en restant chez vous.

Et pour finir un grand merci à Naya qui m’a poussé sur Klaxoon et des bisous à Olivier, Alice, Sam et à la tribu qui m’ont aidé sur le contenu du cours et qui ont fait de nombreux essais avec moi 🙂